Mr La Chèvre
Syndicat des Travailleurs du Cartel
Protection Civile
- Inscrit
- 7 Novembre 2025
- Messages
- 13
- Réactions
- 23
Bonjour/bonsoir,
j'ai décidé de créer cette discussion afin de pouvoir partager les multitudes d'histoires sur lesquelles je suis en train de travailler. Petit warning pour les âmes sensibles, mes histoires risquent principalement de tourner dans des sujets obscurs sans pour autant tomber dans la facilité du gore et de la violence gratuite. Les histoires que j'écris sont principalement tournées dans le thème des jeux Half Life. Mes histoires tombent souvent dans les catégories "Dark Fiction", donc il n'y aura jamais de description intégrale d'un corps sans vie réduit en mille morceaux, ce n'est pas le but de ces histoires. Mes histoires vont plus jouer sur l'atmosphère, les détails dissimulés et bien sûr sur des choses que j'apprécie dans l'univers de Half Life. C'est donc des histoire "d'horreur" si vous n'avez pas compris.
Je préfère prévenir encore, si vous n'appréciez pas les histoires avec des tournures sordides et des éléments assez moches à visualiser, ne lisez pas mes histoires. Je sais très bien qu'il y a des personnes assez jeunes sur le serveur, je prendrai toute responsabilité si jamais quelqu'un était amené à lire mes histoires et à être choqué. Bon à lire ceci, vous êtes sûrement en train de vous demander ce que j'ai bien pu mettre dans ce premier volais pour faire autant d'avertissement, mais je peux vous confirmer que mes histoires ne feront aucune allusion à la polémique irl, il n'y aura rien d'érotique ou quoi que ce soit de sexualisé ou d'illégal, bien entendu. Je dirais que le public visé serait dans la tranche d'âge de 15+.
Mes histoires sont écrites par moi-même mais elles sont corrigées et potentiellement améliorées par une IA car malheureusement j'aime bien écrire mais je fais beaucoup de fautes d'orthographe et de conjugaison. Les images sont soit trouvées sur internet ou générées par une IA si l'image en question est bien trop spéciale pour être trouvée en ligne.
Si le staff trouve que mes histoires n'ont pas leur place sur le forum, je comprendrais parfaitement et je ne chercherais pas à essayer absolument de les mettre ici.
Je vous souhaite donc une bonne lecture, toute critique constructive sera la bienvenue.
L’usine avait été retrouvée à moitié morte, serrée entre des murs noircis, des grilles tordues et des coursives mangées par la rouille.
On y était entré d’abord pour récupérer du métal, des outils, peut-être quelques archives oubliées. Les premiers bâtiments n’avaient rendu que de la poussière, des convoyeurs figés et des salles vides.
Le dortoir d’enfant était plus loin.
C’était une pièce longue et basse, alignée de lits étroits, avec des matelas gonflés d’humidité et des couvertures durcies par le temps. Rien n’y avait été emporté. Rien n’y avait été rangé non plus. On aurait dit que l’endroit avait cessé de servir d’un seul coup, puis qu’on l’avait laissé pourrir sur place.
C’est là que les feuilles ont été trouvées.
Pliées très petit. Cachées sous un matelas. Comme quelque chose qu’on veut sauver même quand tout le reste doit disparaître.
L’écriture était maladroite, mais régulière.
À plusieurs endroits, on voyait que la main avait hésité avant certains mots.
Le matin, ça commençait toujours pareil.
Les Carottes ouvraient les bacs, les Messieurs qui cognent prenaient leur place près des grilles, et nous on attendait la lumière verte au-dessus du tapis. Quand elle s’allumait, on pouvait commencer à porter les têtes.
Les adultes disaient juste les têtes.
Mais entre nous, on disait les têtes creuses.
Parce qu’elles l’étaient.
Quand on les soulevait, on sentait bien que dedans c’était pas plein comme une caisse d’outils ou un bloc de fer. C’était plus bizarre que ça. Le poids tirait vers l’avant, à cause de la face. Des fois il fallait être deux.
Moi, je m’appelle Eli.
J’étais un peu plus grand que la plupart des autres. Pas grand comme un adulte, juste assez pour qu’on me mette souvent avec les plus petits ou avec ceux qui tremblaient trop quand la grosse machine se bloquait. Quand une tête glissait, c’était souvent moi qu’on appelait. Quand quelqu’un commençait à pleurer sans bruit, c’était souvent moi qui lui disais de regarder le tapis et pas les Messieurs qui cognent.
Je travaillais avec Nila.
Dans notre rangée, il y avait aussi Milo, Yano, Sera, Lem, Perrin, Anik, et les jumeaux Tovi et Rin. On n’était pas tous à la même table, mais assez près pour entendre quand une tête tombait, quand la grosse machine coinçait, ou quand une Carotte se fâchait.
Nila avait des doigts plus fins que les miens et une mèche qui lui collait toujours à la joue quand il faisait chaud. Elle vérifiait tout deux fois. Même quand une tête était déjà bien posée, elle remettait encore ses doigts sur le bord pour être sûre qu’elle tienne. Quand un Messieur qui cognait passait trop près, elle se tassait sans s’en rendre compte.
Milo parlait trop, avec une manche souvent mal fermée et les oreilles un peu sorties. C’était lui qui donnait des noms aux choses. Si personne ne nommait quelque chose, lui s’en chargeait. Même les choses qu’on n’aurait pas dû nommer.
Yano était le plus grand après moi, sec comme un clou, avec les yeux creusés comme s’il dormait jamais assez. Il parlait peu. Mais quand il disait quelque chose, ça restait.
Les jumeaux, eux, remuaient les lèvres même quand ils se taisaient.
On allait au bac, on prenait une tête creuse, on la serrait contre nous, et on la posait sur le tapis. Fallait la mettre bien droite, le trou du bas vers l’avant, les deux petits trous ronds bien à leur place. Si on la mettait de travers, la grosse machine coinçait ou faisait un bruit qu’aucune Carotte aimait entendre.
Alors elles criaient.
Sauf la Grande Carotte.
Elle, elle criait presque jamais.
Elle parlait bas, avec sa voix calme, comme si on l’aidait et pas comme si on travaillait pour elle. Elle passait entre les bacs avec ses gants orange propres, le dos bien droit, et son petit sourire qui tenait toujours trop longtemps.
Des fois elle promettait un bol plus rempli.
Des fois une pause un peu plus longue.
Des fois juste un “cadeau” sans dire lequel.
Je savais jamais si c’était vrai.
Mais ça faisait quand même lever les têtes.
La grosse machine était au milieu de la salle.
Nous, on disait comme ça parce qu’elle était grosse, tout simplement. Très haute, très large, avec ses bras au-dessus du tapis, ses lampes, ses pinces, ses tuyaux, ses plaques de métal et ses bruits de fer. Quand une tête arrivait bien placée dessous, elle descendait. Pas vite. Pas doucement non plus. Juste comme il fallait pour que personne n’ait envie d’y laisser ses doigts.
Les Carottes, elles, disaient le poste d’assemblage.
Mais personne de mon âge disait ça.
Quand la grosse machine travaillait, on devait attendre que la lumière change. Rouge, puis jaune, puis verte. Des fois ça allait vite. Des fois non. Des fois la tête ressortait tout de suite. Des fois elle restait plus longtemps dessous, et alors les Carottes se regardaient sans rien dire.
Après, on reprenait la tête.
Elle était plus chaude qu’avant.
Pas brûlante. Juste tiède, avec une odeur de métal et d’huile qui restait dans les mains même après le lavage.
On la mettait ensuite dans une autre caisse.
Et ça recommençait.
Porter. Poser. Attendre. Reprendre. Ranger.
Porter. Poser. Attendre. Reprendre. Ranger.
Au bout d’un moment, le corps faisait tout tout seul.
Pour tenir le rythme, il y en avait qui comptaient dans leur tête. D’autres remuaient les lèvres sans faire de bruit. Et des fois, quand les Carottes étaient plus loin, on se disait la comptine tout doucement, juste assez pour ne pas se tromper.
Jamais fort.
Juste pour soi.
Moi, je savais pas. Mais quand on la disait, même très bas, le bruit de la salle semblait un peu moins lourd.
Nila disait aussi que c’était mieux de pas trop réfléchir, parce que quand on réfléchissait trop, on regardait autour.
Et quand on regardait autour, on voyait les Messieurs qui cognent.
Ils restaient presque toujours aux mêmes endroits. Près des grilles. Près des portes. Près des boutons d’arrêt. Ils parlaient peu. Des fois, il y en avait un qui marchait le long du tapis en tapant sa matraque contre sa jambe.
Après ça, même Milo parlait moins.
Nous, on avait quand même nos mots à nous.
Les Carottes pour les adultes en orange.
Les Messieurs qui cognent pour ceux qui gardaient la salle.
Et L’Homme creux pour ce qui recevait les têtes.
Je sais plus qui avait dit ce nom le premier. Peut-être Milo. Peut-être quelqu’un de plus vieux, déjà parti quand moi je suis arrivé. Dans une salle comme ça, les noms restent plus longtemps que les enfants.
On savait pas vraiment ce qu’était L’Homme creux.
On savait juste que les têtes creuses partaient pour lui.
Pas toutes, peut-être. Mais assez pour que ça compte.
On en parlait pendant les pauses, quand les Carottes étaient plus loin ou quand la grosse machine s’arrêtait un peu.
Moi, je disais pas grand-chose. Je regardais juste les têtes dans les bacs.
Elles se ressemblaient toutes, mais pas complètement. Il y en avait avec un bord plus mat, un trou plus sombre, une rayure qu’on voyait seulement quand on les tournait un peu. Des fois, j’avais l’impression qu’elles faisaient toutes la même tête sans avoir d’expression.
Milo disait aussi que L’Homme creux était là pour garder.
Pas nous regarder comme les Messieurs qui cognent.
Pas faire obéir comme les Carottes.
Garder.
Je lui ai demandé comment il savait ça.
C’était pas vraiment une réponse, mais je comprenais quand même ce qu’il voulait dire.
Dans les histoires d’enfants, il y a toujours quelque chose de grand qui garde ce qui compte. Un chien, une boîte, un grenier, une cave, une porte qu’on n’ouvre pas. Nous, on avait L’Homme creux.
On l’avait jamais vu.
Pas en vrai.
Mais ça changeait rien.
On savait qu’il était grand.
Qu’il portait les têtes qu’on faisait.
Qu’il aidait les grands dans les endroits où nous on n’allait jamais.
Qu’il gardait les choses importantes.
Et qu’avec lui, rien de mauvais n’arrivait tant qu’on faisait bien notre travail.
C’était peut-être faux.
Mais c’était une idée qui tenait bien dans la tête.
La Grande Carotte disait parfois des choses qui allaient dans ce sens sans jamais le nommer.
Alors nous, après, on mettait un visage dessus.
Pas un vrai visage.
Le sien.
Dans le couloir de service, entre la salle de lavage et l’atelier, il y avait un vieux panneau presque arraché. On n’y voyait pas grand-chose. Juste un coin de dessin. Un haut de tête blanche, un bout de trait sombre dessous, et une forme longue qu’on pouvait prendre pour plein de choses.
Les Carottes nous disaient de ne pas nous arrêter devant.
Alors forcément, tout le monde regardait.
Pas longtemps.
Juste assez.
Et c’était vrai.
Quand on dessinait pendant les petits temps morts, ou au dortoir sur un coin de feuille, ou avec le doigt sur la buée des vitres sales, on finissait souvent par le refaire.
Pas exprès.
Ça venait comme ça.
La tête ronde.
Les deux petits trous.
La bouche en bas.
Le grand corps sombre.
Les bras trop longs.
Des fois un gros paquet dans le dos.
Des fois quelque chose au ventre.
Des fois une robe. Des fois un manteau. On savait pas bien.
Mais ça revenait.
Toujours presque pareil.
Le plus bizarre, c’est qu’on n’en parlait même pas tant que ça. On dessinait, c’est tout. Comme si la main connaissait déjà la suite à partir de la tête.
Un jour, c’est moi qui ai eu un problème.
Pas un gros problème. Pas quelque chose qui fait crier. Juste un de ces moments où l’air devient plus serré autour de toi.
On avait fini un lot en avance parce que la grosse machine coinçait moins que d’habitude. Nila était partie porter une caisse vide avec une Carotte. Moi, j’attendais près du tapis avec une feuille de contrôle posée sur le bord du bac.
J’avais un crayon.
Alors j’ai dessiné.
D’abord la tête, parce que c’était facile. Je la connaissais par cœur. Même les doigts savent refaire certaines formes à force de les porter.
Après, j’ai ajouté le reste.
Le cou.
Le grand tissu autour.
Les bras.
Le dos.
Je suis allé vite. Très vite même. Comme quand on écrit son nom sans regarder.
Quand Nila est revenue, elle a vu la feuille et son visage a changé tout de suite. Pas juste de surprise. De vraie peur.
Elle s’est collée plus près de moi comme elle faisait quand un Messieur qui cognait passait derrière nous.
J’allais répondre que c’était bête, qu’on le voyait jamais, qu’on savait même pas s’il existait vraiment comme ça, quand une ombre est tombée sur le bac.
C’était la Grande Carotte.
D’habitude, elle avait toujours sa voix douce, celle qui promettait des pauses plus longues et des bols un peu mieux remplis.
Là, elle n’a rien dit.
Elle a pris la feuille.
Elle l’a regardée longtemps.
Plus longtemps qu’il faut pour un dessin d’enfant.
Puis elle a levé les yeux vers moi.
Pas fâchée. Pas surprise.
Comme si elle comptait quelque chose dans sa tête.
Après, elle a fait signe à une autre Carotte. Juste deux doigts. Pas un mot.
L’autre est venue vite. Elle a regardé la feuille elle aussi, et son visage s’est fermé d’un coup, comme quand la grosse machine fait un bruit qu’elle devrait pas faire.
Un des Messieurs qui cognent s’est approché.
Il n’a pas pris la feuille.
Il a juste regardé.
Puis moi.
Puis Nila.
Puis encore la feuille.
Nila avait accroché ses doigts à ma manche sans s’en rendre compte.
L’autre Carotte a demandé très bas :
Elle a encore regardé mon dessin.
Puis elle a ajouté, plus bas encore :
Je savais pas ce que ça voulait dire, mais je l’ai senti dans mon ventre.
Le Messieur qui cognait n’a rien dit. Il a juste posé sa matraque contre sa jambe et il est resté là, assez près pour qu’on comprenne que personne ne bougerait avant qu’ils aient fini.
La Grande Carotte s’est accroupie à ma hauteur.
Elle a remis son petit sourire, mais il tenait mal cette fois.
J’ai rien répondu.
Elle a plié la feuille en deux, puis encore en deux, très proprement, et l’a glissée dans sa poche poitrine.
Sa voix était redevenue douce.
Mais plus personne n’y croyait comme avant.
Le soir, le vieux panneau du couloir n’était plus là.
À sa place, il restait juste quatre coins plus propres sur le mur sale.
Personne a rien dit.
Pas Milo.
Pas Nila.
Pas moi.
Même les plus petits ont juste lu, puis baissé les yeux.
Avant que la lumière verte s’allume, la Grande Carotte est passée entre les rangées.
Personne n’a demandé laquelle.
La grosse machine a recommencé.
Les têtes arrivaient. On les portait. On les posait. Elle les prenait. Elle les rendait. Les Carottes surveillaient. Les Messieurs qui cognent restaient près des grilles.
Tout était pareil.
Sauf que non.
À midi, en reprenant une tête sortie du tapis, Nila a serré mon bras.
Pas juste pour montrer. Pour se tenir aussi.
À l’intérieur de la tête, là où le bord faisait de l’ombre, quelqu’un avait tracé un petit bonhomme au crayon.
Pas un bonhomme d’enfant avec des bâtons.
Lui.
La tête ronde.
Le long corps noir.
Les bras bas.
L’Homme creux.
Le dessin était petit, fait vite, presque caché. Mais on le reconnaissait tout de suite.
J’ai levé les yeux.
Nila aussi.
Les Carottes étaient plus loin. Les Messieurs qui cognent regardaient de l’autre côté de la salle.
Elle a frotté avec son pouce.
Ça partait mal.
Alors elle a frotté plus fort avec sa manche jusqu’à faire une trace grise tout autour. Le dessin a disparu presque complètement, mais pas tout à fait. Il restait encore une ombre, comme si le trait s’était accroché dans la matière.
On a reposé la tête sans rien dire.
Le soir, Milo n’est pas revenu au dortoir.
On a demandé à personne.
Pas parce qu’on voulait pas savoir.
Parce qu’on savait déjà qu’on n’aurait pas de réponse.
Le lendemain, sa place près du bac avait été prise par une caisse de transfert. Comme si elle avait toujours été là. Comme si personne n’avait jamais travaillé à cet endroit.
Quand Nila a demandé où il était, c’est la Grande Carotte qui a répondu.
Elle avait sa voix calme. Celle qu’elle prenait pour les bonnes nouvelles.
Personne n’a demandé par qui.
Pendant la pause courte, Nila s’est assise contre le mur, les genoux serrés contre elle. Je me suis mis à côté d’elle parce qu’elle respirait trop vite, comme quand elle croyait qu’une tête allait glisser alors qu’elle tenait déjà bien.
Je savais qu’elle parlait pas de Milo.
J’ai regardé la salle.
La grosse machine au milieu.
Les bacs.
Le tapis.
Les Carottes en orange.
Les Messieurs qui cognent près des grilles.
Et les têtes creuses, rangées comme si elles attendaient toutes la même chose.
J’ai pensé au panneau arraché.
À ma feuille pliée dans une poche orange.
Au petit dessin caché dans la tête.
À la manière dont ils avaient tous regardé.
À ce “encore un” que j’avais fait semblant de pas entendre.
Alors j’ai dit :
Et c’était vrai.
Je savais juste que les adultes disaient têtes comme si ça rendait les choses plus petites.
Je savais juste que les Carottes n’aimaient pas les dessins.
Je savais juste que les Messieurs qui cognent détestaient les questions.
Je savais juste que les têtes creuses partaient toutes quelque part après la grosse machine.
Et je savais aussi autre chose.
Je savais que, si L’Homme creux existait vraiment, alors il devait être très grand.
Assez grand pour qu’on lui confie les têtes.
Assez grand pour aider les grands.
Assez grand pour que les adultes aient peur de ce qu’on dessinait de lui.
Et pendant un moment, juste un petit moment, j’ai trouvé ça rassurant.
Je me suis dit que si un jour quelque chose de mauvais arrivait jusqu’à nous, alors L’Homme creux le verrait avant.
C’est bête, mais je l’ai pensé pour de vrai.
J’écris ça sous le matelas de Nila parce que personne regarde dessous.
Si on me prend les feuilles, celles-là peut-être resteront.
Je vais encore écrire demain si j’en trouve d’autres.
Avant de les plier, j’ai redit la comptine une dernière fois, tout bas, comme à la ligne.
Le premier à voir la forme sous le lit voisin n’a rien dit.
Il s’était contenté de se baisser davantage, comme s’il espérait s’être trompé. Puis il est resté immobile une seconde de trop.
Quand les autres ont compris, plus personne n’a parlé.
Sous le lit voisin, il restait une forme brûlée, recroquevillée sur elle-même, trop détériorée pour encore ressembler à quelqu’un. Seulement trop petite pour être un adulte.
Quelqu’un a soulevé doucement le poignet noirci. Le bracelet d’identification avait tenu. Le plastique était fondu par endroits, la boucle soudée à la peau carbonisée, mais quelques lettres restaient lisibles.
C’est en voulant dégager le matelas qu’ils ont vu l’autre bras.
Il reposait plus près du sommier, presque caché dans l’ombre, noirci comme le reste. La main n’était pas loin. Les doigts étaient encore refermés sur ceux de Nila.
Une des femmes du groupe a détourné les yeux à ce moment-là.
Un autre a juré entre ses dents, puis plus rien.
Au poignet de ce second bras, un bracelet plus abîmé pendait encore. Le plastique avait presque entièrement fondu, mais pas assez pour effacer le nom.
C’est la lumière qui a montré le reste.
Le toit était percé à plusieurs endroits, et des rayons tombaient de travers dans le dortoir, coupés par la poussière. Quand l’un d’eux a glissé plus loin entre deux cadres de lit, il a accroché d’autres matelas creusés et noircis, d’autres ressorts soudés par la chaleur, d’autres formes trop basses pour être celles d’adultes.
Personne n’a fouillé plus loin tout de suite.
Le reste du bâtiment parlait d’abandon plus que de destruction.
Les convoyeurs étaient figés sous la poussière.
Le poste d’assemblage dormait dans le noir.
Les bacs étaient vides, les grilles ouvertes, les registres absents.
Ce n’était pas la ruine d’un incendie.
Le feu n’avait pas pris partout.
Il avait touché ce qu’il fallait.
Les archives avaient disparu.
Les zones sensibles étaient noircies ou vitrifiées.
Certaines portes portaient encore, autour de leurs joints, des marques de chauffe trop nettes pour être accidentelles.
Même les dortoirs semblaient avoir été traités par endroits, comme si l’on avait voulu effacer plus que détruire.
Tout indiquait que l’usine avait été désertée après déplacement de la chaîne et remplacement du procédé.
Puis purgée.
Pas évacuée.
Désertée.
j'ai décidé de créer cette discussion afin de pouvoir partager les multitudes d'histoires sur lesquelles je suis en train de travailler. Petit warning pour les âmes sensibles, mes histoires risquent principalement de tourner dans des sujets obscurs sans pour autant tomber dans la facilité du gore et de la violence gratuite. Les histoires que j'écris sont principalement tournées dans le thème des jeux Half Life. Mes histoires tombent souvent dans les catégories "Dark Fiction", donc il n'y aura jamais de description intégrale d'un corps sans vie réduit en mille morceaux, ce n'est pas le but de ces histoires. Mes histoires vont plus jouer sur l'atmosphère, les détails dissimulés et bien sûr sur des choses que j'apprécie dans l'univers de Half Life. C'est donc des histoire "d'horreur" si vous n'avez pas compris.
Je préfère prévenir encore, si vous n'appréciez pas les histoires avec des tournures sordides et des éléments assez moches à visualiser, ne lisez pas mes histoires. Je sais très bien qu'il y a des personnes assez jeunes sur le serveur, je prendrai toute responsabilité si jamais quelqu'un était amené à lire mes histoires et à être choqué. Bon à lire ceci, vous êtes sûrement en train de vous demander ce que j'ai bien pu mettre dans ce premier volais pour faire autant d'avertissement, mais je peux vous confirmer que mes histoires ne feront aucune allusion à la polémique irl, il n'y aura rien d'érotique ou quoi que ce soit de sexualisé ou d'illégal, bien entendu. Je dirais que le public visé serait dans la tranche d'âge de 15+.
Mes histoires sont écrites par moi-même mais elles sont corrigées et potentiellement améliorées par une IA car malheureusement j'aime bien écrire mais je fais beaucoup de fautes d'orthographe et de conjugaison. Les images sont soit trouvées sur internet ou générées par une IA si l'image en question est bien trop spéciale pour être trouvée en ligne.
Si le staff trouve que mes histoires n'ont pas leur place sur le forum, je comprendrais parfaitement et je ne chercherais pas à essayer absolument de les mettre ici.
Je vous souhaite donc une bonne lecture, toute critique constructive sera la bienvenue.
════════════════════
Les enfants de l’usine
Fragments retrouvés dans une usine désaffectée.
════════════════════
Les enfants de l’usine
Fragments retrouvés dans une usine désaffectée.
════════════════════
L’usine avait été retrouvée à moitié morte, serrée entre des murs noircis, des grilles tordues et des coursives mangées par la rouille.
On y était entré d’abord pour récupérer du métal, des outils, peut-être quelques archives oubliées. Les premiers bâtiments n’avaient rendu que de la poussière, des convoyeurs figés et des salles vides.
Le dortoir d’enfant était plus loin.
C’était une pièce longue et basse, alignée de lits étroits, avec des matelas gonflés d’humidité et des couvertures durcies par le temps. Rien n’y avait été emporté. Rien n’y avait été rangé non plus. On aurait dit que l’endroit avait cessé de servir d’un seul coup, puis qu’on l’avait laissé pourrir sur place.
C’est là que les feuilles ont été trouvées.
Pliées très petit. Cachées sous un matelas. Comme quelque chose qu’on veut sauver même quand tout le reste doit disparaître.
L’écriture était maladroite, mais régulière.
À plusieurs endroits, on voyait que la main avait hésité avant certains mots.
════════════════════
Jour 12 — Cycle 3
Le matin, ça commençait toujours pareil.
Les Carottes ouvraient les bacs, les Messieurs qui cognent prenaient leur place près des grilles, et nous on attendait la lumière verte au-dessus du tapis. Quand elle s’allumait, on pouvait commencer à porter les têtes.
Les adultes disaient juste les têtes.
Mais entre nous, on disait les têtes creuses.
Parce qu’elles l’étaient.
Quand on les soulevait, on sentait bien que dedans c’était pas plein comme une caisse d’outils ou un bloc de fer. C’était plus bizarre que ça. Le poids tirait vers l’avant, à cause de la face. Des fois il fallait être deux.
Moi, je m’appelle Eli.
J’étais un peu plus grand que la plupart des autres. Pas grand comme un adulte, juste assez pour qu’on me mette souvent avec les plus petits ou avec ceux qui tremblaient trop quand la grosse machine se bloquait. Quand une tête glissait, c’était souvent moi qu’on appelait. Quand quelqu’un commençait à pleurer sans bruit, c’était souvent moi qui lui disais de regarder le tapis et pas les Messieurs qui cognent.
Je travaillais avec Nila.
Dans notre rangée, il y avait aussi Milo, Yano, Sera, Lem, Perrin, Anik, et les jumeaux Tovi et Rin. On n’était pas tous à la même table, mais assez près pour entendre quand une tête tombait, quand la grosse machine coinçait, ou quand une Carotte se fâchait.
Nila avait des doigts plus fins que les miens et une mèche qui lui collait toujours à la joue quand il faisait chaud. Elle vérifiait tout deux fois. Même quand une tête était déjà bien posée, elle remettait encore ses doigts sur le bord pour être sûre qu’elle tienne. Quand un Messieur qui cognait passait trop près, elle se tassait sans s’en rendre compte.
Milo parlait trop, avec une manche souvent mal fermée et les oreilles un peu sorties. C’était lui qui donnait des noms aux choses. Si personne ne nommait quelque chose, lui s’en chargeait. Même les choses qu’on n’aurait pas dû nommer.
Yano était le plus grand après moi, sec comme un clou, avec les yeux creusés comme s’il dormait jamais assez. Il parlait peu. Mais quand il disait quelque chose, ça restait.
Les jumeaux, eux, remuaient les lèvres même quand ils se taisaient.
On allait au bac, on prenait une tête creuse, on la serrait contre nous, et on la posait sur le tapis. Fallait la mettre bien droite, le trou du bas vers l’avant, les deux petits trous ronds bien à leur place. Si on la mettait de travers, la grosse machine coinçait ou faisait un bruit qu’aucune Carotte aimait entendre.
Alors elles criaient.
Carotte :
- Redresse !
- Milieu du tapis !
- Plus vite !
- Pas comme ça !
- Reprends !
Sauf la Grande Carotte.
Elle, elle criait presque jamais.
Elle parlait bas, avec sa voix calme, comme si on l’aidait et pas comme si on travaillait pour elle. Elle passait entre les bacs avec ses gants orange propres, le dos bien droit, et son petit sourire qui tenait toujours trop longtemps.
La Grande Carotte :
- Allez, mes enfants sages !
- Encore un lot propre et ce sera une belle journée~ !
- Les enfants utiles sont toujours remarqués !
- On veut bien montrer qu’on sait travailler, oui ?
Des fois elle promettait un bol plus rempli.
Des fois une pause un peu plus longue.
Des fois juste un “cadeau” sans dire lequel.
Je savais jamais si c’était vrai.
Mais ça faisait quand même lever les têtes.
La grosse machine était au milieu de la salle.
Nous, on disait comme ça parce qu’elle était grosse, tout simplement. Très haute, très large, avec ses bras au-dessus du tapis, ses lampes, ses pinces, ses tuyaux, ses plaques de métal et ses bruits de fer. Quand une tête arrivait bien placée dessous, elle descendait. Pas vite. Pas doucement non plus. Juste comme il fallait pour que personne n’ait envie d’y laisser ses doigts.
Les Carottes, elles, disaient le poste d’assemblage.
Mais personne de mon âge disait ça.
Quand la grosse machine travaillait, on devait attendre que la lumière change. Rouge, puis jaune, puis verte. Des fois ça allait vite. Des fois non. Des fois la tête ressortait tout de suite. Des fois elle restait plus longtemps dessous, et alors les Carottes se regardaient sans rien dire.
Après, on reprenait la tête.
Elle était plus chaude qu’avant.
Pas brûlante. Juste tiède, avec une odeur de métal et d’huile qui restait dans les mains même après le lavage.
On la mettait ensuite dans une autre caisse.
Et ça recommençait.
Porter. Poser. Attendre. Reprendre. Ranger.
Porter. Poser. Attendre. Reprendre. Ranger.
Au bout d’un moment, le corps faisait tout tout seul.
Pour tenir le rythme, il y en avait qui comptaient dans leur tête. D’autres remuaient les lèvres sans faire de bruit. Et des fois, quand les Carottes étaient plus loin, on se disait la comptine tout doucement, juste assez pour ne pas se tromper.
{Homme creux, tiens bien droit,}
{prends les têtes, garde-moi.}
{Nous, on porte, toi, tu prends,}
{et rien de mauvais ne vient.}
Jamais fort.
Juste pour soi.
Nila : C’est bête.
Milo : Non. C’est une vraie comptine d’atelier.
Eli : Comment tu sais ?
Milo : Parce que ça sonne vrai.
Moi, je savais pas. Mais quand on la disait, même très bas, le bruit de la salle semblait un peu moins lourd.
Nila disait aussi que c’était mieux de pas trop réfléchir, parce que quand on réfléchissait trop, on regardait autour.
Et quand on regardait autour, on voyait les Messieurs qui cognent.
Ils restaient presque toujours aux mêmes endroits. Près des grilles. Près des portes. Près des boutons d’arrêt. Ils parlaient peu. Des fois, il y en avait un qui marchait le long du tapis en tapant sa matraque contre sa jambe.
Tac. Tac. Tac.
Après ça, même Milo parlait moins.
Nous, on avait quand même nos mots à nous.
Les Carottes pour les adultes en orange.
Les Messieurs qui cognent pour ceux qui gardaient la salle.
Et L’Homme creux pour ce qui recevait les têtes.
Je sais plus qui avait dit ce nom le premier. Peut-être Milo. Peut-être quelqu’un de plus vieux, déjà parti quand moi je suis arrivé. Dans une salle comme ça, les noms restent plus longtemps que les enfants.
On savait pas vraiment ce qu’était L’Homme creux.
On savait juste que les têtes creuses partaient pour lui.
Pas toutes, peut-être. Mais assez pour que ça compte.
On en parlait pendant les pauses, quand les Carottes étaient plus loin ou quand la grosse machine s’arrêtait un peu.
Milo : On lui fabrique son visage.
Nila : Un visage, c’est pour les gens.
Yano : Alors pourquoi ça a une bouche ?
Moi, je disais pas grand-chose. Je regardais juste les têtes dans les bacs.
Elles se ressemblaient toutes, mais pas complètement. Il y en avait avec un bord plus mat, un trou plus sombre, une rayure qu’on voyait seulement quand on les tournait un peu. Des fois, j’avais l’impression qu’elles faisaient toutes la même tête sans avoir d’expression.
Milo disait aussi que L’Homme creux était là pour garder.
Pas nous regarder comme les Messieurs qui cognent.
Pas faire obéir comme les Carottes.
Garder.
Je lui ai demandé comment il savait ça.
Eli : Comment tu sais ?
Milo : Parce qu’il prend les têtes.
Eli : Et alors ?
Milo : Alors les grands lui donnent des choses importantes.
C’était pas vraiment une réponse, mais je comprenais quand même ce qu’il voulait dire.
Dans les histoires d’enfants, il y a toujours quelque chose de grand qui garde ce qui compte. Un chien, une boîte, un grenier, une cave, une porte qu’on n’ouvre pas. Nous, on avait L’Homme creux.
On l’avait jamais vu.
Pas en vrai.
Mais ça changeait rien.
On savait qu’il était grand.
Qu’il portait les têtes qu’on faisait.
Qu’il aidait les grands dans les endroits où nous on n’allait jamais.
Qu’il gardait les choses importantes.
Et qu’avec lui, rien de mauvais n’arrivait tant qu’on faisait bien notre travail.
C’était peut-être faux.
Mais c’était une idée qui tenait bien dans la tête.
La Grande Carotte disait parfois des choses qui allaient dans ce sens sans jamais le nommer.
La Grande Carotte :
- Les enfants sages n’ont rien à craindre !
- Ce qui est utile est toujours gardé !
- Quand chacun fait sa part, tout reste à sa place.
- Les bons enfants travaillent pour des choses importantes !
Alors nous, après, on mettait un visage dessus.
Pas un vrai visage.
Le sien.
Jour 13
Dans le couloir de service, entre la salle de lavage et l’atelier, il y avait un vieux panneau presque arraché. On n’y voyait pas grand-chose. Juste un coin de dessin. Un haut de tête blanche, un bout de trait sombre dessous, et une forme longue qu’on pouvait prendre pour plein de choses.
Les Carottes nous disaient de ne pas nous arrêter devant.
Alors forcément, tout le monde regardait.
Pas longtemps.
Juste assez.
Milo : Le panneau le montre en entier.
Nila : On voit rien du tout.
Eli : On voit pas assez pour savoir.
Milo : Mais assez pour s’en souvenir.
Et c’était vrai.
Quand on dessinait pendant les petits temps morts, ou au dortoir sur un coin de feuille, ou avec le doigt sur la buée des vitres sales, on finissait souvent par le refaire.
Pas exprès.
Ça venait comme ça.
La tête ronde.
Les deux petits trous.
La bouche en bas.
Le grand corps sombre.
Les bras trop longs.
Des fois un gros paquet dans le dos.
Des fois quelque chose au ventre.
Des fois une robe. Des fois un manteau. On savait pas bien.
Mais ça revenait.
Toujours presque pareil.
Le plus bizarre, c’est qu’on n’en parlait même pas tant que ça. On dessinait, c’est tout. Comme si la main connaissait déjà la suite à partir de la tête.
Un jour, c’est moi qui ai eu un problème.
Pas un gros problème. Pas quelque chose qui fait crier. Juste un de ces moments où l’air devient plus serré autour de toi.
On avait fini un lot en avance parce que la grosse machine coinçait moins que d’habitude. Nila était partie porter une caisse vide avec une Carotte. Moi, j’attendais près du tapis avec une feuille de contrôle posée sur le bord du bac.
J’avais un crayon.
Alors j’ai dessiné.
D’abord la tête, parce que c’était facile. Je la connaissais par cœur. Même les doigts savent refaire certaines formes à force de les porter.
Après, j’ai ajouté le reste.
Le cou.
Le grand tissu autour.
Les bras.
Le dos.
Je suis allé vite. Très vite même. Comme quand on écrit son nom sans regarder.
Quand Nila est revenue, elle a vu la feuille et son visage a changé tout de suite. Pas juste de surprise. De vraie peur.
Elle s’est collée plus près de moi comme elle faisait quand un Messieur qui cognait passait derrière nous.
Nila : Efface.
Eli : Pourquoi ?
Nila : Parce que c’est lui.
J’allais répondre que c’était bête, qu’on le voyait jamais, qu’on savait même pas s’il existait vraiment comme ça, quand une ombre est tombée sur le bac.
C’était la Grande Carotte.
D’habitude, elle avait toujours sa voix douce, celle qui promettait des pauses plus longues et des bols un peu mieux remplis.
Là, elle n’a rien dit.
Elle a pris la feuille.
Elle l’a regardée longtemps.
Plus longtemps qu’il faut pour un dessin d’enfant.
Puis elle a levé les yeux vers moi.
Pas fâchée. Pas surprise.
Comme si elle comptait quelque chose dans sa tête.
Après, elle a fait signe à une autre Carotte. Juste deux doigts. Pas un mot.
L’autre est venue vite. Elle a regardé la feuille elle aussi, et son visage s’est fermé d’un coup, comme quand la grosse machine fait un bruit qu’elle devrait pas faire.
Un des Messieurs qui cognent s’est approché.
Il n’a pas pris la feuille.
Il a juste regardé.
Puis moi.
Puis Nila.
Puis encore la feuille.
Nila avait accroché ses doigts à ma manche sans s’en rendre compte.
L’autre Carotte a demandé très bas :
Carotte :Il l’a vue où ?
La Grande Carotte : Nulle part....
Elle a encore regardé mon dessin.
Puis elle a ajouté, plus bas encore :
La Grande Carotte :Encore un....
Je savais pas ce que ça voulait dire, mais je l’ai senti dans mon ventre.
Le Messieur qui cognait n’a rien dit. Il a juste posé sa matraque contre sa jambe et il est resté là, assez près pour qu’on comprenne que personne ne bougerait avant qu’ils aient fini.
La Grande Carotte s’est accroupie à ma hauteur.
Elle a remis son petit sourire, mais il tenait mal cette fois.
La Grande Carotte :
- Tu es un enfant appliqué !
- Les enfants appliqués sont remarqués~ !
- C’est une bonne chose !
J’ai rien répondu.
Elle a plié la feuille en deux, puis encore en deux, très proprement, et l’a glissée dans sa poche poitrine.
La Grande Carotte :Reprenez la ligne.
Sa voix était redevenue douce.
Mais plus personne n’y croyait comme avant.
Le soir, le vieux panneau du couloir n’était plus là.
À sa place, il restait juste quatre coins plus propres sur le mur sale.
INTERDICTION DE DESSINER DANS LES ZONES D’ATELIER
INTERDICTION DE GARDER LES FEUILLES DE CONTRÔLE
Personne a rien dit.
Pas Milo.
Pas Nila.
Pas moi.
Même les plus petits ont juste lu, puis baissé les yeux.
Jour 14 — pause courte
Avant que la lumière verte s’allume, la Grande Carotte est passée entre les rangées.
Une belle journée commence avec des mains propres et des idées simples !
Aujourd’hui, ceux qui travaillent bien auront peut-être une surprise~ !
Personne n’a demandé laquelle.
La grosse machine a recommencé.
Les têtes arrivaient. On les portait. On les posait. Elle les prenait. Elle les rendait. Les Carottes surveillaient. Les Messieurs qui cognent restaient près des grilles.
Tout était pareil.
Sauf que non.
À midi, en reprenant une tête sortie du tapis, Nila a serré mon bras.
Pas juste pour montrer. Pour se tenir aussi.
Nila : Regarde.
À l’intérieur de la tête, là où le bord faisait de l’ombre, quelqu’un avait tracé un petit bonhomme au crayon.
Pas un bonhomme d’enfant avec des bâtons.
Lui.
La tête ronde.
Le long corps noir.
Les bras bas.
L’Homme creux.
Le dessin était petit, fait vite, presque caché. Mais on le reconnaissait tout de suite.
J’ai levé les yeux.
Nila aussi.
Les Carottes étaient plus loin. Les Messieurs qui cognent regardaient de l’autre côté de la salle.
Eli : Efface.
Elle a frotté avec son pouce.
Ça partait mal.
Alors elle a frotté plus fort avec sa manche jusqu’à faire une trace grise tout autour. Le dessin a disparu presque complètement, mais pas tout à fait. Il restait encore une ombre, comme si le trait s’était accroché dans la matière.
On a reposé la tête sans rien dire.
Jour 15 — Milo est parti
Le soir, Milo n’est pas revenu au dortoir.
On a demandé à personne.
Pas parce qu’on voulait pas savoir.
Parce qu’on savait déjà qu’on n’aurait pas de réponse.
Le lendemain, sa place près du bac avait été prise par une caisse de transfert. Comme si elle avait toujours été là. Comme si personne n’avait jamais travaillé à cet endroit.
Quand Nila a demandé où il était, c’est la Grande Carotte qui a répondu.
Elle avait sa voix calme. Celle qu’elle prenait pour les bonnes nouvelles.
Nila : Milo est où ?
Milo a été remarqué.
C’est une chance pour lui !
Personne n’a demandé par qui.
Pendant la pause courte, Nila s’est assise contre le mur, les genoux serrés contre elle. Je me suis mis à côté d’elle parce qu’elle respirait trop vite, comme quand elle croyait qu’une tête allait glisser alors qu’elle tenait déjà bien.
Nila : Tu crois qu’il existe pour de vrai ?
Je savais qu’elle parlait pas de Milo.
J’ai regardé la salle.
La grosse machine au milieu.
Les bacs.
Le tapis.
Les Carottes en orange.
Les Messieurs qui cognent près des grilles.
Et les têtes creuses, rangées comme si elles attendaient toutes la même chose.
J’ai pensé au panneau arraché.
À ma feuille pliée dans une poche orange.
Au petit dessin caché dans la tête.
À la manière dont ils avaient tous regardé.
À ce “encore un” que j’avais fait semblant de pas entendre.
Alors j’ai dit :
Eli : Je sais pas.
Et c’était vrai.
Je savais juste que les adultes disaient têtes comme si ça rendait les choses plus petites.
Je savais juste que les Carottes n’aimaient pas les dessins.
Je savais juste que les Messieurs qui cognent détestaient les questions.
Je savais juste que les têtes creuses partaient toutes quelque part après la grosse machine.
Et je savais aussi autre chose.
Je savais que, si L’Homme creux existait vraiment, alors il devait être très grand.
Assez grand pour qu’on lui confie les têtes.
Assez grand pour aider les grands.
Assez grand pour que les adultes aient peur de ce qu’on dessinait de lui.
Et pendant un moment, juste un petit moment, j’ai trouvé ça rassurant.
Je me suis dit que si un jour quelque chose de mauvais arrivait jusqu’à nous, alors L’Homme creux le verrait avant.
C’est bête, mais je l’ai pensé pour de vrai.
Jour ? — je sais plus
J’écris ça sous le matelas de Nila parce que personne regarde dessous.
Si on me prend les feuilles, celles-là peut-être resteront.
Je vais encore écrire demain si j’en trouve d’autres.
Avant de les plier, j’ai redit la comptine une dernière fois, tout bas, comme à la ligne.
{Homme creux, tiens bien droit, }
{prends les têtes, garde-moi. }
{Nous, on porte, toi, tu prends,}
{et rien de mauvais ne vient.}
════════════════════
Le premier à voir la forme sous le lit voisin n’a rien dit.
Il s’était contenté de se baisser davantage, comme s’il espérait s’être trompé. Puis il est resté immobile une seconde de trop.
Quand les autres ont compris, plus personne n’a parlé.
Sous le lit voisin, il restait une forme brûlée, recroquevillée sur elle-même, trop détériorée pour encore ressembler à quelqu’un. Seulement trop petite pour être un adulte.
Quelqu’un a soulevé doucement le poignet noirci. Le bracelet d’identification avait tenu. Le plastique était fondu par endroits, la boucle soudée à la peau carbonisée, mais quelques lettres restaient lisibles.
[NILA]
C’est en voulant dégager le matelas qu’ils ont vu l’autre bras.
Il reposait plus près du sommier, presque caché dans l’ombre, noirci comme le reste. La main n’était pas loin. Les doigts étaient encore refermés sur ceux de Nila.
Une des femmes du groupe a détourné les yeux à ce moment-là.
Un autre a juré entre ses dents, puis plus rien.
Au poignet de ce second bras, un bracelet plus abîmé pendait encore. Le plastique avait presque entièrement fondu, mais pas assez pour effacer le nom.
[ELI]
C’est la lumière qui a montré le reste.
Le toit était percé à plusieurs endroits, et des rayons tombaient de travers dans le dortoir, coupés par la poussière. Quand l’un d’eux a glissé plus loin entre deux cadres de lit, il a accroché d’autres matelas creusés et noircis, d’autres ressorts soudés par la chaleur, d’autres formes trop basses pour être celles d’adultes.
Personne n’a fouillé plus loin tout de suite.
Le reste du bâtiment parlait d’abandon plus que de destruction.
Les convoyeurs étaient figés sous la poussière.
Le poste d’assemblage dormait dans le noir.
Les bacs étaient vides, les grilles ouvertes, les registres absents.
Ce n’était pas la ruine d’un incendie.
Le feu n’avait pas pris partout.
Il avait touché ce qu’il fallait.
Les archives avaient disparu.
Les zones sensibles étaient noircies ou vitrifiées.
Certaines portes portaient encore, autour de leurs joints, des marques de chauffe trop nettes pour être accidentelles.
Même les dortoirs semblaient avoir été traités par endroits, comme si l’on avait voulu effacer plus que détruire.
Tout indiquait que l’usine avait été désertée après déplacement de la chaîne et remplacement du procédé.
Puis purgée.
Pas évacuée.
Désertée.
jusqu’au bout, ils avaient cru que rien de mauvais ne venait.
Ils n’avaient pas compris qu’il était déjà entré depuis longtemps.
Dernière édition:
