Fiche de personnage - Elias "Nomad" Kovac

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Elias Kovac

Elias Kovac

dit « Nomad »

né à Niš, 14 avril 1978

si tu lis ça, bah c'est que t'as pas à le lire.

mon père appelait
ça "l'école du dehors"
Milan Kovac, soudeur.
Usine métallurgique de Niš.
Licencié en 1992.

« L'enfance »

Je suis né à Niš le 14 avril 1978. Rien de particulier là-dedans — c'était une ville ordinaire, une famille ordinaire. Mon père soudait du métal dans une usine, ma mère soignait des gens dans un hôpital. Pas riches, pas pauvres. On mangeait tous les jours. C'est tout ce que je savais mesurer à l'époque.

J'ai passé mon enfance dehors. Vraiment dehors — lever le matin, disparaître, rentrer le soir avec les genoux en sang. Mon père ne disait rien. Il m'apprenait des trucs à la place. Comment démonter un carburateur. Comment écouter un moteur tourner pour savoir où il va flancher. Comment bricoler quelque chose de rien.

Il m'apprenait surtout à ne pas attendre. Pas attendre que les choses arrivent, pas attendre que quelqu'un vienne les faire. Il n'a jamais dit ça comme ça — il parlait pas beaucoup — mais c'est ce que j'ai retenu. Tout le reste, je l'ai oublié.

Puis dans les années 90, tout s'est mis à craquer. Pas d'un coup. Doucement d'abord, comme une fissure dans un mur qu'on fait semblant de ne pas voir. La Yougoslavie s'est fragmentée, les usines ont fermé, mon père a perdu son boulot. L'argent a commencé à ne plus rien valoir. On faisait la queue pour du pain.

À seize ans j'avais arrêté l'école. J'avais pas le choix — enfin si, j'avais le choix, mais le choix c'était ça. Rester à regarder les murs, ou sortir et trouver quelque chose à faire.

→ je comprends mieux maintenant pourquoi j'ai jamais su rester en place
p. 1
"criminel" —
ça voulait dire
quoi en 94 en Serbie ?
Serbie → Bosnie
→ Monténégro

carburant, clopes,
médicaments
puis... autre chose

« Les routes »

Ça a commencé avec un garagiste du quartier. Un type qui avait besoin de quelqu'un qui connaissait les petites routes et qui acceptait des risques que les autres refusaient. Carburant, cigarettes, médicaments introuvables dans les circuits officiels. Rien de glorieux, mais de l'argent réel dans les mains.

J'ai dit oui. Évidemment.

Au bout de quelques années j'étais plus vraiment un livreur. Le réseau avait grandi, les marchandises avaient changé. Je savais très bien ce qu'il y avait dans les caisses. Je m'en suis convaincu que ça ne changeait rien — que ça allait circuler avec ou sans moi. C'est le genre de raisonnement qu'on fait quand on n'a pas envie d'arrêter.

Les convois se faisaient attaquer, les checkpoints étaient soit fermés soit vénaux. J'ai appris à tirer. À couvrir un repli. À lire un terrain la nuit. Pas dans une école — dans les faits. Dans les moments où tu te démerdes ou tu te fais tuer.

Ce qui m'a fait tenir c'est que j'étais le gars qui garde son calme. Pas le plus fort, pas le plus courageux — juste celui qui réfléchit encore quand les autres ont arrêté. Les anciens m'ont confié des hommes, des itinéraires, des décisions. Pour la première fois j'avais l'impression d'avoir une place dans quelque chose.

Je repense pas à ces années avec honte. Avec une certaine lassitude, peut-être. Je regrette certains trucs, pas tout.

— j'ai tout perdu. les photos, les noms.
p. 2
les premières rumeurs — mai 2000.
on n'y croyait pas.
sept heures.
c'est tout ce qu'il a fallu
pour que tout disparaisse.

« La Guerre de Sept Heures »

Les rumeurs avaient commencé deux ans avant. Des trucs venus de l'ouest, des histoires de créatures et de quarantaines. On en parlait comme on parle de la météo dans un pays lointain — ça existait, quelque part, mais ça ne nous touchait pas encore. Les convois continuaient.

Puis les routes ont changé. Des zones entières disparaissaient des cartes. Des clients qui ne rappelaient plus. Des militaires nerveux d'une façon différente de d'habitude. Le réseau s'adaptait. Il s'était toujours adapté.

Quand le Cartel a envahi, ça n'a pas ressemblé à ce qu'on imagine d'une guerre. Ça a ressemblé à un effacement. En quelques heures les armées ont cessé d'exister, les gouvernements sont tombés, les frontières que j'avais traversées des centaines de fois ne voulaient plus rien dire. Les routes que je connaissais par cœur étaient jonchées d'épaves et de gens morts.

Le réseau n'a pas survécu. Certains ont continué à faire du commerce — avec les nouvelles autorités cette fois. D'autres ont disparu. J'ai refusé de serrer des mains que je n'aurais jamais dû serrer.

Je suis parti avec un sac, une arme et quelques numéros qui ne répondaient plus.

Les années qui ont suivi sont celles dont je parle le moins. J'ai traversé des régions à pied. Réparé des générateurs pour un repas. Dormi dans des fermes vides et des entrepôts abandonnés. J'apprenais à lire les patrouilles du Cartel comme je lisais autrefois les routes de montagne — leurs rythmes, leurs habitudes, leurs angles morts. À être parti avant qu'ils sachent que j'étais là.

L'homme que j'étais avant — impulsif, bruyant — a disparu quelque part dans tout ça. Ce qui reste est plus lent, plus silencieux. Et beaucoup plus difficile à surprendre.

— écrit deux ans après. la mémoire trie.
p. 3
pourquoi j'y suis
retourné ? je sais pas encore.
sabotages
récupération matériel
exfiltrations civils

→ mon expérience
de la route
servait à quelque chose

« Lambda »

Je les ai croisés par hasard. Une cellule affiliée au mouvement Lambda — sept personnes installées dans un bâtiment qui tenait encore debout. Ils s'appelaient "l'équipe scorpion", drôle de nom. Au début, ils m'ont proposé de les rejoindre. J'ai refusé.

J'avais arrêté de croire aux causes. Les causes ça finit toujours pareil — elles brûlent et elles laissent les gens qui y croyaient se débrouiller tout seuls avec les décombres.

Mais je suis resté quelques jours quand même. Pour partager un feu, réparer quelque chose, dormir dans un endroit moins dangereux. Et je les ai regardés.

Ce qui m'a frappé c'est qu'ils ne se battaient pas pour de l'argent. Pas pour un territoire. Pas pour un chef. Ils se battaient parce qu'ils refusaient de regarder l'humanité disparaître sans rien faire. C'était aussi simple et aussi inébranlable que ça.

Je suis parti. Je suis revenu. Je suis reparti encore. À un moment j'ai arrêté de partir.

Ces gens sont devenus ma famille. La seule que j'aie eue depuis longtemps.

Une opération du Cartel a failli tout détruire. Je suis l'un des rares qui ont survécu.

— je comprends toujours pas comment j'ai survécu à ça.
p. 5
Camp Albatross — 2012
Equipe Scorpion

7 au départ.
3 survivants
à la fin des opérations.
je me souviens de chacun.
leurs noms, leurs tics,
comment ils riaient.

« L'équipe Scorpion »

Il me reste cette photo. Une seule. La guerre a pris le reste — les autres images, les carnets d'avant, les affaires que j'avais gardées. Cette photo-là j'ai réussi à la garder sur moi. Je sais pas trop pourquoi j'y tenais autant. Peut-être parce que c'est la dernière fois qu'on était tous ensemble. Avant le déploiement.

Équipe Scorpion
debout à gauche — c'était Dražen. le meilleur tireur qu'j'ai jamais vu.
celui avec le béret — c'est moi ( stylé hein ? )

au centre accroupi — Tomić. parlait jamais. le plus fiable.
les autres — plus là.
~ ~ ~

On était sept à partir. Je suis l'un des trois qui ont survécu à ce qui a suivi. Je ne sais pas si c'est de la chance ou du talent. J'ai arrêté de vouloir le savoir.

la seule photo qu'il me reste d'eux.
p. 4
Masto m'a fait confiance
sans tout savoir.
Ça m'a suffi.

« Nomad »

Après la cellule, j'ai erré quelques semaines. Pas de destination — juste bouger, parce que rester immobile ça ressemblait trop à mourir.

J'ai fini par arriver à la Cité 24. Je ne parlais pas, ou presque. Pour les gens que je croisais, j'étais juste un type calme avec une gueule de quelqu'un qui en a vu. Ils avaient raison.

Ma route croise celle de Masto. Il m'a accordé sa confiance sans tout connaître de mon passé. Je me souviens que ça m'a surpris — j'avais perdu l'habitude qu'on me fasse confiance sans raison apparente. Je lui en suis reconnaissant, même si je le lui ai jamais dit.

J'ai rejoint le Groupe Eden. J'ai repris les armes.

L'indicatif, c'est moi qui l'ait proposé. Nomad. J'ai pas réellement creusé, c'est le premier qui m'est venu à l'esprit. C'est ce que je suis — ce que j'ai toujours été. Un gars de la route. Un gars qui trouve sa place au bout du chemin, jamais avant.

~ ~ ~

Je ne sais pas encore ce que je veux que cette vie devienne. Je sais ce que je ne veux plus qu'elle soit. C'est un début. Mais une chose est sûre, j'me battrais.

Si tu lis ces pages et que tu me connais — sache que la moitié de tout ça,
je l'aurais écrit différemment un autre jour.
Les mots bougent selon l'humeur. C'est une limite du papier.
p. 6 — E.K.
 
Rien a dire, le style papier est superbe et le personnage est bien réaliser. Franchement, gg !
 
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